Samedi 21 novembre 2009
A notre réveil vers 7 heures, le Norwegian Jade vient tout juste de s’amarrer au port d’Alexandrie. Après le déjeuner et notre point de ralliement au théâtre pour les consignes d’usage, nous rejoignons notre groupe d’une quarantaire de personnes, majoritairement américaines, pour monter à bord de l’autobus numéro 29, l’un des nombreux qui formeront la caravane du « Classic Cairo ».
Dès notre arrivée, notre guide, une Égyptienne énergique et déterminée, vêtue d’un jean et d’une chemise blanche, coiffée d’un hijab immaculé, nous initie à la culture et à l’histoire égyptienne alors que le chauffeur, un homme grand et sec, aussi affable que réservé, nous conduit à travers Alexandrie en direction de l’autoroute Cairo-Alex Desert Road. Cette traversée de la cité dure environ 20 minutes, assez pour nous plonger dans une réalité à cent lieues de la nôtre. J’avais imaginé ça un peu comme ça mais pas à ce point. Les images des films et de la télé ne donnent jamais la perspective, le son, les odeurs et les véritables couleurs d’un endroit. Alexandrie, pour ce que j’en ai vu, est une ville où il n’y a pas de milieu et ce dans tous les sens du mot. La pauvreté côtoie la richesse, le dénuement le faste et la beauté la laideur. C’est inouï.
Après avoir vu les marchés publics aussi colorés que bondés, les pêcheurs dans de petites barques tentant leur chance dans des marais le long des raffineries de pétrole super modernes, nous avons pris l’autoroute pour traverser l’étroite campagne égyptienne, puis le désert jusqu’ à Gizeh. Tout le long de la route, à travers les sables et les palmiers, on aperçoit dans les champs de cultures d’étranges tours blanches en forme de cônes géants, percées de petites ouvertures. Ce sont des pigeonniers pour l’élevage des pigeons, donc les Égyptiens sont friands. Partout, dans presque chaque petite communauté, un minaret émerge des toits pareils au clocher des églises dans nos villages.
Après deux heures et demie de trajet, en plein désert mais aux portes de Giseh, les trois pyramides et leur gardien le Sphinx nous attendent. Ils ne sont les seuls. Une meute de vendeurs du temple nous dévore déjà des yeux alors que les autobus se cherchent un endroit dans le vaste stationnement ensablé. Formée surtout d’hommes et d’enfants, ces commerçants agressifs sont en manque de touristes puisqu’en novembre, cette manne rétrécie comme une peau de chagrin. Enfin, comme dit l’un d’entre eux en anglais : « Yes! The Norwegian Jade is in town! ». Ils nous harcèlent donc sans relâche, du père avec son fils sur son dromadaire, en costume de nomade au gardien de sécurité qui finit par me prendre mon appareil pour nous photographier, Christian et moi avec les pyramides en échange d’un euro, sans compter les revendeurs de faux papyrus, de statuettes égyptiennes de toutes ordres, répliques sous toutes ses formes de Khéops, Khephren et Mykérinos sans oublier le sage Sphinx. On peut donc les voir ces fameux trésors d’Égypte, s’en approcher mais on ne peut en aucun cas s’y attarder sans subir les assauts de tous ces gens qui subsistent grâce aux touristes.
Nous remontons en vitesse dans l’autobus, refaisons quelques arrêts clés pour des photos pris à la hâte, puis nous déguerpissons vers Giseh car le circuit prévoit une visite dans un magasin de papyrus. Nous voici donc au Turquoise Jewellery où j’acquiers un vrai papyrus à l’effigie d’une clé de vie, un petit scarabée en or blanc et deux T-shirts pour Christian et Charles avec leur prénom brodé en hiéroglyphes d’or. Puis de nouveau en autobus, nous nous dirigeons vers un hôtel qui nous attend pour le dîner. C’est un vieux et noble établissement ouvert depuis 1869, sur Pyramide Road, Le Mena House Oberoi. Nous y mangeons fort bien, en particulier un plat aux aubergines et aux tomates dont je vais me souvenir toute ma vie! Le décor est superbe, le marbre partout, on se croirait à la fin du 19e.
Puis visite au Musée National d’Archéologie du Caire pour y voir les trésors de Toutankhamon. La richesse de ces pièces dépasse l’imagination. J’en témoigne après avoir vu la collection égyptienne du Louvre, celle du British Museum et celle du Met à New York, celle-ci coupe le souffle. Surtout le masque funéraire et les deux sarcophages du jeune roi. Tout en or serti de turquoises, de lapis-lazulis et d’une pierre rouge qui ressemble à du jaspe. Les vases d’albâtre, les nombreux colliers en or d’une dimension hors du commun, on ne peut qu’être émerveillés par tant de beauté. La finesse des dessins et des ciselures sont de véritables splendeurs. Mais c’est le musée lui-même qui remporte la palme. On se croirait transporté tout droit au début du 20e siècle. On dirait que l’horloge ici s’est arrêtée depuis son ouverture en 1902. Rien n’a été changé. On se penserait dans un vieux grenier, sombre et poussiéreux rempli de fantômes et de mystères. Tous ces trésors dorment dans un espace d’un autre temps. Sur le coup, je me suis inquiétée pour la conservation de ces œuvres millénaires mais après réflexion, peut-être est-ce une bonne chose qu’ils soient ici, protégées depuis plus de cent ans par les mêmes murs. Il existe dans cette atmosphère surannée une aura unique qu’il serait bien dommage de perdre au fond, sous prétexte de moderniser l’endroit. Et puis les objets appartenant à Toutankhamon seront sous peu transférés au Grand Musée Égyptien, tout près des pyramides alors le musée de la place Tahrir pourra sans doute retrouver un peu des beaux jours d’antan et un peu plus d’accalmie derrière sa noble façade d’un beau rose saumon.
Notre visite du musée prend fin à la nuit tombée. Nous remontons dans l’autobus et repartons pour Alexandrie, rompus mais satisfaits. Toute une journée. Plusieurs images, odeurs et sons me reviennent en tête sur le chemin du retour. Le souk grouillant de monde à perte de vue sous l’espèce d’autoroute métropolitaine du Caire, la poussière et la couleur du sable autour des pyramides, l’appel à la prière enveloppant Gizeh, tous ces bâtiments de plusieurs étages sans vitres, à demi construits, avec de superbes tapis multicolores suspendus aux remparts des balcons, tous ces animaux partout, chiens, chèvres, moutons, ânes et chevaux, trottinant à travers les voitures et finalement le Nil. Fleuve aux dimensions plus modestes que notre vaste St-Laurent, aux eaux plus tranquilles aussi. S’y côtoient, là comme ailleurs, l’ancien et le nouveau. Sur les flots, les bateaux modernes et les petites embarcations, sur les rives les hôtels de luxe et d’humbles demeures et sur la promenade qui le longe, les jeunes gens et leurs aînés.
Repus de souvenirs à notre arrivée au navire, nous filons nous coucher comblés.
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